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La Mystique
"La Mystique" C'est un mot qui revient souvent dans les propos du père Thévenon. Bien éloigné du sens moderne qu'on lui donne habituellement.
 
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Le père Marcellin Fillère
Le père Marcellin Fillère Fondateur d'un mouvement de jeunes et d'un journal, le père Thévenon a été son disciple et tient de lui sa vocation sacerdotale
 

 

 
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La fin des temps

 
 
La nuit vient où personne ne peut travailler (J 9/1)
 
Le Plan de Dieu
 
 
 
 
Introduction :
La question de l'histoire de l'Église vue non comme une succession d'évènements temporels mais comme la mise en œuvre d'un "plan", le Plan de Dieu, faisait partie des préoccupations principales de l'Abbé Thévenon. Son soucis était certes de prouver la cohérence d'une attitude ecclésiale qui pouvait paraître à certains parfois changeante voire opportuniste mais plus encore de décrypter l'aspect prophétique des textes de Saint Jean appliqués à notre temps présent et aux temps qui viennent. Il était convaincu de l'imminence de bouleversements majeurs. "J'ai l'impression que nous sommes au seuil d'une grande tourmente, une épreuve considérable, un formidable creuset dans lequel nous allons souffrir." (Correspondance particulière 1977). Il apparentait cette situation à une survie. " Nous sommes déjà dans un temps de survie. Il est nécessaire de maintenir des éléments de survie matérielle et spirituelle." (Notes 1981). L'étude présentée ici a été réalisée sous sa direction comme un collectif. C'est pourquoi elle porte la signature de "Nahum"'.
 
 
 
Références :
La meilleure traduction moderne en français de la Cité de Dieu de Saint Augustin est celle de G. COMBES publiée en 1960 chez DESCLÉE DE BROUWER. Cet ouvrage devenu pratiquement introuvable est cependant trop récent pour échapper aux droits d'auteur. Si nous ne pouvons que le recommander pour la qualité de son texte et des nombreuses notes qui l'accompagnent, nous ne pouvons en extraire de citations et utilisons ici une autre traduction qui a le mérite de pouvoir être consultée en ligne et chargée gratuitement.
 
Nous ne savons pas quelle traduction s'impose en anglais comme la meilleure. L'avis de nos amis de langue anglaise nous serait précieux à cet égard (contact : fedarca@orange.fr ). Nous avons utilisé la traduction du Rev. Marcus DODDS disponible en ligne sur le site de "New Advent" :
 
Le texte latin De Civita Dei est disponible en ligne sur le site de Nuova Biblioteca Agostiniana et Citta Nuova Editrice:
 

 
Préambule :
Dieu n'a pas créé l'homme pour, au terme d'une vie d'épreuves, lui garantir l'usage d'un lieu paradisiaque parmi ses semblables regroupés en une sorte de collection d'individus accomplis et régénérés. Dieu a inscrit dans la nature de l'homme une  irrésistible dimension sociale. C'est cette dimension sociale qui le pousse à servir une cause jusqu'à mourir pour elle et non pas comme disent certains, le désespoir et la faim. Au contraire, le désespoir et la faim sont peut-être les seuls évènements capables d'annihiler chez lui cet amour d'une cause. 
 
L'histoire de l'humanité est émaillée des échecs d'entreprises idéales  qui avaient soulevé les masses. Et pourtant alors qu'il semble que l'on s'oriente inexorablement vers une forme de société mondiale, tolérante, fraternelle, pacifique et libre, jamais le mal de vivre n'a été aussi patent et la désespérance des jeunes aussi pathétique. Cette société qui veut s'inscrire en contrepoint des délires passés est tolérante mais impitoyable, fraternelle mais individualiste, pacifique mais répressive, libre mais policée à l'extrême. Elle ne fait plus appel à l'enthousiasme des peuples mais à une super organisation qui prend tout en charge. Et les lois, les règlements, les statistiques et les modèles mathématiques se multiplient à l'infini prétendant soigner l'inhumanité du système par encore plus de système. Cancer social qui est seul à se bien porter sur une humanité malade qui en meurt.
 
C'est ainsi que l'Église Catholique fait l'objet aujourd'hui d'attaques fréquentes sur son comportement passé, dans le domaine politique notamment. Beaucoup d'ecclésiastiques contemporains, sans mettre en cause le bien fondé de ces reproches, s'attachent plutôt à démontrer que l'Église a évolué, acceptent l'accusation et en demandent volontiers pardon. Ce pardon se veut le préambule de la démonstration d'une adéquation parfaite entre la pensée moderne et celle de l'Église d'aujourd'hui.
 
Les voici qui semblent eux-mêmes pétrifiés à la seule idée qu'on pourrait les qualifier d'intégristes. L'intégrisme, le mot qui tue ! Officiellement il s'agit de se protéger contre les violences commises autrefois au nom de Dieu. C'est un rejet du meilleur comme du pire au seul fait qu'ils appartiennent au passé, les Croisades, la colonisation, l'Inquisition et toute nostalgie d'une expression surannée de la religion faite de principes, de clivages sociaux, d'hypocrisie bourgeoise ou d'us et coutumes incompris. En fait c'est une arme. Traiter quelqu'un d'intégriste c'est refuser de l'entendre car il ne le mérite pas. C'est le classer dans le camp d'Hitler et des régimes totalitaires même s'il se défend d'en être. Qu'il proteste d'une religion simplement religieuse, s'il déplait aux modernes, qu'il soit Intégriste ! Et à vouloir apporter la preuve de sa correction politique, on en oublie les affaires de Dieu, la sainte Liturgie, la prière et la véritable Charité. Mais peut-être n'en a-t-on plus le temps.
 
Ainsi s'impose une impression, plus sans doute qu'une certitude, dans le regard que nous portons sur l'Église de nos pères. Étrange sentiment d'une religion dont les chefs, fortement intéressés par le pouvoir temporel, dirigeaient une armée de soldats de la foi, moines, missionnaires ou combattants dont on ne peut nier ni le courage ni le sacrifice, mais fallait-il qu'ils fussent niais pour n'avoir pas su comprendre l'exploitation dont ils faisaient l'objet, poussant parfois leur conviction jusqu'au fanatisme. Et aujourd'hui où les bancs de nos églises sont vides que conclure de ce passé … et de ce présent qui en est l'héritier ?
 
Échappant à notre analyse, d'autres causes ont peut-être produit les mêmes effets. Quel que soit le regard que l'on porte sur eux aujourd'hui, n'y a-t-il pas chez les chrétiens de ces temps-là des motivations bien différentes de celles qu'on leur prête ?
Les schémas modernes, s'ordonnant à une pensée unique et planétaire ne nous voilent-ils pas la vérité d'une époque bien différente ?
Et si tel était le cas, quelle serait la vision portée par les anciens chrétiens sur notre monde contemporain ?
 
Partant des commentaires de Saint Augustin sur l'Apocalypse de Saint Jean, voici une réflexion originale sur l'histoire de l'Église qui conduit à une lecture des époques passées bien différente de celles auxquelles nous sommes habitués. Qui conduit aussi à jeter sur la présente un regard non-conformiste.
 
 
 
Histoire et fin des temps
 
 
Saint Augustin dans "La cité de Dieu" Livre XX, chapitre VIII, développe un très intéressant commentaire du passage suivant de l'Apocalypse de saint Jean relatif au déchaînement du Diable (Apo. XX, 1-3) :
 
"Je vis descendre du ciel un ange qui tenait à la main la clef de l'Abîme et une grande chaîne. Il saisit le Dragon, le Serpent antique, qui est le Diable et Satan, et il l'enchaîna pour mille ans. Puis il le lança dans l'Abîme, qu'il ferma et scella sur lui, pour qu'il ne séduisit plus les nations jusqu'à ce que les mille ans fussent écoulés. Après quoi, il doit être  relâché un peu de temps." (Traduction Crampon).
 
Quel est cet enchaînement, à quelle période historique correspondent ces mille ans et que signifie le relâchement pour peu de temps ? Autant de questions qui ont fait l'objet de nombreux commentaires rarement convaincants. L'intuition, largement partagée par les chrétiens contemporains, que nous sommes dans l'imminence de l'accomplissement de cette prophétie, donne au texte augustinien une actualité étonnante.
"La Cité de Dieu" est sans doute le plus célèbre ouvrage de l'évêque d'Hippone. La prise de Rome par les hordes wisigothes d'Alaric en 410 provoqua une violente attaque des ennemis des chrétiens contre ces derniers, accusés d'être la source de tous leurs maux. Ce fut le prétexte sur lequel s'appuya saint Augustin pour entreprendre son chef d'œuvre, "De Civita Dei", la Cité de Dieu.
 
La Cité
L'homme, créature de Dieu, a été conçu comme un être social. Sa finalité s'inscrit dans une Cité appelée dans les écritures la "Cité de Dieu" ou la "Cité sainte", la "Nouvelle Jérusalem" ou "l'Église" qui, bien différente d'une mégapole de science fiction, est surtout une civilisation nouvelle, un peuple saint et, surtout "l'épouse du Christ" dont le mariage humain sur cette terre ne fait que préfigurer la réalité sublime. La construction de cette "Cité" est tellement fondamentale que le Christ n'a pas d'autre objectif que d'en hâter l'achèvement.  Toute son œuvre, son incarnation et sa passion s'inscrivent dans cet objectif unique : achever sa Cité Sainte qui deviendra alors son épouse. C'est la Cause du Christ que les hommes sont appelés à servir à leur tour.
Satan, l'Ennemi, s'emploie pour sa part à contrarier cette œuvre selon sa méthode habituelle : imiter l'œuvre du Christ pour son compte c'est à dire en visant un objectif diamétralement opposé. L'imitation est le "miroir aux alouettes" qui a le plus de chances de séduire l'homme car l'homme est fait pour Dieu et se tourne volontiers vers celui qui se prétend Dieu. C'est pourquoi Satan propose à l'homme une autre Cité, une autre Église appelée Babylone dans l'Apocalypse. C'est pourquoi il y a une opposition irréconciliable et une lutte sans merci entre les deux Cités. C'est la seule véritable histoire sans laquelle chaque événement ici bas n'a aucun sens. Magistralement explorée par saint Augustin, c'est la cause de notre Dieu qu'il nous convie à embrasser.
 
 
 
Les mille ans
Satan a un pouvoir qui n'est pas seulement d'exercer sur chaque être une action séductrice. C'est essentiellement un pouvoir politique qui lui permet de bâtir une cité sur cette terre. Il en est le chef d'où il tire son titre de "Prince de ce monde" (JnXII,31).
Après sa résurrection, le Seigneur décide d'entreprendre contre lui une action violente, conquérante, destinée à le priver de ce pouvoir pendant un temps donné. Il l'enchaîne et le jette dans l'abîme. Ce temps est de mille ans. Valeur symbolique, saint Augustin en parle comme d'un intervalle désigné par le nombre de mille ans. Il l'inclut du premier avènement du Christ à son second avènement. Mille ans signifie donc une longue période que saint Augustin appelle aussi ce siècle.
 
Satan lié
"Qui entre dans la maison du fort pour lui enlever ses biens sans avoir auparavant lié le fort ? " (Mat. XII, 29). Le fort c'est Satan et c'est le Christ qui l'a lié. S'il l'a lié c'est pour l'empêcher de fourvoyer les nations, afin d'attirer dans l'Eglise le plus grand nombre qui, du fait de sa faiblesse, aurait été incapable de surmonter les séductions du mauvais. C'est l'exercice du pouvoir politique qui donne à l'Eglise cette faculté d'attraction du grand nombre. En quelque sorte c'est la période pendant laquelle elle fait le plein de ses pierres vivantes que sont les justes, la période pendant laquelle le Seigneur bâtit sa Cité.
 
L'abîme
Comment est-il lié ? "Il le jeta dans l'abîme", l'abîme c'est la multitude innombrable des ennemis de l'Eglise de Dieu. Le diable est enfermé dans ces cœurs profonds et aveugles comme dans un abîme. En somme, l'impiété diabolique est reléguée à une affaire privée car les biens enlevés à Satan sont les biens publics, politiques. La Cité de Dieu fait irruption dans la Cité des hommes dont Satan est le prince et, lui ôtant non pas son titre mais son pouvoir, y impose la royauté de son Christ, la colonise.
L'idée coloniale n'est pas une simple image, l'Eglise n'est pas de ce monde-ci, elle vient ravir un bien, se substituer au pouvoir politique en place pour convertir le grand nombre ou, à défaut, le soumettre. Oui, elle conquiert par la violence et engage les nations chrétiennes à être son bras armé dans cette prise de possession. Violence du verbe et des sacrements tout d'abord, de l'épée ensuite, "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." (Mat X, 34). A cet égard, l'analyse marxiste est juste, l'Eglise a bel et bien été le principe de la colonisation. Les efforts de certains chrétiens de droite pour réfuter cette idée, témoignent de la désolante méconnaissance de la politique de Dieu. Nous devrions plutôt nous en glorifier comme de toutes choses appartenant à notre Seigneur. C'est pourquoi, depuis l'aube du christianisme, jusqu'aux dernières missions du XXe siècle, les missionnaires ont toujours été la vague d'assaut coloniale préparant l'irruption du pouvoir politique dont le modèle était chrétien, malgré ses imperfections. Pour la même raison, la décolonisation, en Afrique par exemple, et le retour aux anciennes pratiques chamanistes dans la vie publique est l'un des signes précurseurs de la fin des temps.
 
Les nations fourvoyées
Toutefois, il existe des nations composées fondamentalement d'une multitude d'impies qui sont, en tant que tels, abîmes où Satan est enchaîné. Il s'agit donc des nations dans lesquelles, comme nous l'avons compris plus haut, le diable a été enfermé. Ce sont les nations fourvoyées, animée à l'encontre de l'Eglise d'une haine cachée. On appelle Chrétienté les peuples colonisés par l'Eglise qui participent alors à la Cité Sainte. Dominées par cette dernière, les nations fourvoyées deviennent politiquement inaptes et ne peuvent exercer leur satanisme que dans le mode privé.
 
Les nations chrétiennes
Les nations chrétiennes cependant ne sont pas composées de saints exclusivement, car le bon grain est mélangé à l'ivraie (Mt XIII, 24 et sv). Simplement le nombre des chrétiens y est tel qu'elles sont capables, pendant la période définie symboliquement comme celle des mille ans, d'y assurer une politique chrétienne et de la répandre à d'autres nations en convertissant le grand nombre ou en les soumettant à la politique de Dieu. En fait, la seule vraie nation chrétienne est l'Eglise elle-même, la Nation Sainte. Elle est composée de tous les justes répandus sur la surface de la terre. Elle sera partout, elle qui sera dans toutes les nations, ce qu'indique l'expression : "sur l'étendue de la terre" (Apo XX,7). Composée des vivants et des morts en odeur de sainteté, les nations chrétiennes sont en fait chacune une composante particulière de l'unique nation, la Cité de Dieu. Mais si l'Église, Nation Sainte, est présente dans toutes les nations, toutes les nations ne sont pas des composantes de l'Église. Si en effet la France, l'Angleterre ou l'Espagne, par exemple, furent indubitablement des nations chrétiennes (ce qu'elles ne sont sans doute plus beaucoup aujourd'hui), l'Égypte, la Turquie ou l'Irak, par autre exemple, ne le furent jamais alors qu'on ne peut nier l'appartenance héroïque et indéfectible des Coptes égyptiens, des Arméniens turcs ou des Syriaques irakiens à la Nation Sainte.
 
 
La durée de la Nation Sainte
Au terme des mille ans, Satan est déchaîné. "Satan sera délivré de sa prison ; il en sortira pour fourvoyer les nations qui sont aux quatre angles de la terre" (Apo XX, 7-8). Cela ne signifie pas que l'Eglise, Nation Sainte, sera enchaînée à son tour. En effet, ce ne sont pas les mille ans de ce règne des saints qui sont achevés, mais bien ceux de l'enchaînement et de l'emprisonnement du diable. La Nation Sainte est éternelle et indestructible.
 
"Qui entre dans la maison du fort pour lui enlever ses biens sans avoir auparavant lié le fort ? " (Mat. XII, 29). Le fort c'est Satan et c'est le Christ qui l'a lié. S'il l'a lié c'est pour l'empêcher de fourvoyer les nations, afin d'attirer dans l'Eglise le plus grand nombre qui, du fait de sa faiblesse, aurait été incapable de surmonter les séductions du mauvais. C'est l'exercice du pouvoir politique qui donne à l'Eglise cette faculté d'attraction du grand nombre.
 
 
Le déchaînement du diable
Comme les mille ans, les trois ans et demi du déchaînement du diable doit s'entendre comme une période symbolisée par une demi semaine (trois ans et demi). Période brève comparée aux mille ans, l'Apocalypse parle d'ailleurs d'"un peu de temps" (Apo XX, 3). Pour Satan, le déchaînement est l'accession au pouvoir politique. C'est lui à ce moment qui l'exercera avec comme corollaire la fin de l'exercice de la politique chrétienne. Pour cette raison, il s'emploiera dans un premier temps à faire de la vie chrétienne une affaire privée. Ce sera sa tentative de lier l'Eglise à son tour. Saint Augustin en conclut que ce sera une période durant laquelle le prosélytisme deviendra impossible. Il s'interroge sur le prosélytisme privé c'est à dire la capacité des chrétiens à communiquer la foi à leurs proches et pense que celui-là sera possible. La réduction de la vie chrétienne, au moins dans la volonté du diable, en une affaire privée sera le prélude de la phase finale de la guerre à la Cité Sainte à laquelle les nations impies seront conviées. Période de grande persécution. Mais, nous enseigne le père Humbert Clérissac dans son remarquable "Le mystère de l'Eglise" (Dismas), "Notre Seigneur n'a voulu ni d'une religion individuelle, ni d'une église nationale (dans le sens mosaïque ou schismatique du mot) : mais il a voulu que son Eglise demeura un royaume.". La force politique de ce royaume est hors de portée de Satan. L'Eglise, Nation Sainte, ne se réduira pas à une religion d'individus. C'est seulement son action colonisatrice sur ce monde qui s'éteindra car elle sera arrivée à son terme.
 
L'Eglise des trois ans et demi
L'Eglise de ce temps sera-t-elle fourvoyée par Satan ? L'Eglise, Nation Sainte et prédestinée est inséductible Quelle sera son action s'il faut que le fort soit d'abord lié pour que l'on puisse lui enlever ses biens et qu'il soit alors délié ? Rappelons-nous que Satan est le Prince de ce monde, c'est à dire, bien sûr, principalement de la multitude des hommes pécheurs. L'Eglise pendant les mille ans s'est employée à les lui ôter. L'Eglise donc, ayant fait le plein des justes, entreprendra sa mission ultime qui consistera à démontrer la puissance de son Seigneur pour qu'elle voie sur quel puissant adversaire elle l'a emporté et en même temps l'immense gloire de son rédempteur. Chez les chrétiens de ces temps, il y aura un courage si grand qu'ils surmonteront le fort même délié. Aussi, quand apparaîtra ce courage nouveau, jamais vu encore dans le peuple chrétien, faudra-t-il voir l'un des signes majeurs de la fin.
 
Quand les mille ans et les trois ans et demi ?
Les mille ans commencent lors du premier avènement du Christ. Ils se manifestent progressivement par l'érection du trône pontifical à Rome. Véritable prise de pouvoir qui marque le début de la diffusion de la politique chrétienne dans tout l'empire(1). La colonisation des provinces sera le réceptacle des invasions barbares qui, par la conversion des peuples envahisseurs, produira les souches des futures nations chrétiennes. Ce sera le début de la chrétienté qui trouvera son apogée au moyen age. Les nations chrétiennes deviennent simultanément écoles, bases missionnaires et bras armé de l'Eglise triomphante. C'est ce bras armé qui fixera ses limites au déferlement islamique. Ce sont ces bases missionnaires qui répandront le christianisme aux quatre coins de la terre. Ce sont ces écoles qui feront atteindre à la science chrétienne des sommets ineffables dans des domaines aussi variés que l'art, l'architecture, le chant, la doctrine, l'écologie, la justice, … Les premiers soubresauts de l'enchaîné seront les prémices de sa libération quand les nations chrétiennes se tourneront peu à peu vers les séductions mondaines. Il ne s'agira au début que des défaillances personnelles des princes, mais peu à peu, la politique chrétienne en subira l'infection et les liens se distendront d'autant. Viendra enfin le temps ou poindra la politique diabolique dont le crescendo se superposera au décrescendo de la politique chrétienne. On voit assez nettement la dégradation des mœurs individuelles se généraliser, s'instaurer au 15e siècle et s'accompagner de la première révolte politique avec la Réforme. La suite n'est qu'une évolution implacable du phénomène dont on peut affirmer aujourd'hui qu'il a nettement dépassé le point d'équilibre et s'accélère dans une chute révélant l'approche de sa fin. Le changement de l'ordre et du droit et sa conséquence logique, l'extinction de la foi chez le grand nombre en est une preuve qui n'échappe à aucun chrétien. C'est l'imminence de la fin des mille ans. Combien de temps reste-t-il avant le déchaînement total ? Très peu de temps assurément mais il ne faut pas sous estimer la puissance de l'ennemi et il ne l'a sans doute pas exprimée encore dans toute son abomination. Quoi qu'il en soit, il n'est pas exclu que nous soyons entrés dans le début des trois ans et demi, si non, nous en sommes bien proche. L'annihilation de toute pensée individuelle, remplacée par la pensée unique, la mise en place de ce fantastique instrument technologique que sont la télévision et Internet, véritable outil de cette pensée collective de l'"Homme", ressemble à s'y méprendre à une sorte de caricature diabolique du Saint Esprit.
 
Être et durer
A l'image des derniers juifs véritables qui, tels le vieillard Siméon, l'un des leurs, attendait avec certitude l'avènement de Jésus qu'il savait proche, les derniers Chrétiens sont un petit reste. A leur image ils doivent entendre la parole du Seigneur : "Redressez-vous et relevez la tête car votre délivrance est proche" (Lc XI, 28). La douloureuse constatation qu'ils font de l'achèvement des mille ans, fin de la Chrétienté, aussi forte que soit l'épreuve, ne doit pas les faire sombrer dans la nostalgie et le désespoir "Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ?" (Mt VIII, 26). Leur mission c'est d'"être et durer". "Être" c'est continuer le combat des anciens avec la même certitude de la victoire finale, avec la même foi en Jésus-Christ et son Eglise. Il leur faut s'adapter mais point douter " Quand les méchants gouvernent, le péché abonde, mais les justes seront témoin de leur chute. " (Pro XXIX, 16). Le cri pathétique du Christ en croix : "Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " (Marc XV, 34) est la révélation que le Seigneur a assumée seul et totalement la détresse de ces temps finals. Parce qu'il en a apporté Lui-même la réponse par sa résurrection, il nous a épargné d'avoir, nous aussi, à pousser le même cri. Des grâces particulières seront envoyées au dernier carré groupé autour de son étendard. Satan ne colonisera pas l'Eglise, dépité, il se vengera sur ses enfants, les nations chrétiennes auxquelles il ôtera le pouvoir politique terrestre. C'est le Saint-Esprit le "Grand aigle" (Apo XII,14) qui donnera ses ailes à l'Eglise pour la soustraire au Serpent afin qu'elle s'envole "au désert, en son refuge, où elle est nourrie un temps deux temps et un demi temps, loin du Serpent… Et le Dragon fut rempli de fureur contre la femme, et il alla faire la guerre au reste de ses enfants, à ceux qui observent les commandements de Dieu et qui gardent le témoignage de Jésus-Christ." (Apo XII, 13,14 et 17). Le désert c'est l'ascèse de la solitude, nourriture de survie de l'Eglise car elle y puise l'essentiel dans une vie où ne subsistent plus que la sainte liturgie, les sacrements, la contemplation et l'oraison.
" Et moi je vous dis : Demandez et vous trouverez ; frappez et on vous ouvrira. Car qui demande reçoit, qui cherche trouve et à qui frappe on ouvrira." (Lc XI, 9).
Un temps, deux temps et un demi temps ce sont les trois ans et demi pendant lesquels il faudra "durer". "Celui qui tiendra bon jusqu'au bout, celui-là sera sauvé" (Mt XXIV, 13). Exclus de la vie politique, et nous n'avons encore pas tout vu, il faudra s'attacher à cette idée que la seule vraie politique, celle de notre Seigneur est la politique de sa Cité et que celle-ci ne nous sera pas ravie afin que l'Eglise voie sur quel puissant adversaire elle l'a emporté et en même temps l'immense gloire de son rédempteur. Les derniers chrétiens devront être animés de la certitude que, par la grâce divine de l'Esprit, il y aura un courage si grand qu'ils surmonteront le fort même délié. "Quand tous les hommes auront fait leur lutte, restera la nôtre, car nous sommes réservés pour la lutte finale. Nous exposerons la plus grande violence qui soit au monde : non pas tuer les autres, mais risquer sa vie." (RP Fillère).
 
 
30 mai 2000 en la fête de Marie Reine, 1 juin 2000 en la fête de l'Ascension de Notre Seigneur, 12 juin 2000 en la fête de la Pentecôte. 
 
NB : En italique et sans mention contraire, extraits de La Cité de Dieu de saint Augustin.  
 
 
Nahum
 


(1) -  Cela éclaire peut-être les propos de saint Paul, sibyllins pour notre époque et manifestement clairs pour la sienne : " Vous savez ce qui maintenant le retient (Satan)… Il faut seulement que celui qui le retient ait disparu. " (2 Th II, 6 et 7). Ce qui le retient c'est bien sûr l'abîme, celui qui le retient est probablement le Pape. Intéressante question à étudier, en particulier pour découvrir ce qu'est au juste cette "disparition".