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La Mystique
"La Mystique" C'est un mot qui revient souvent dans les propos du père Thévenon. Bien éloigné du sens moderne qu'on lui donne habituellement.
 
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Le père Marcellin Fillère
Le père Marcellin Fillère Fondateur d'un mouvement de jeunes et d'un journal, le père Thévenon a été son disciple et tient de lui sa vocation sacerdotale
 

 

 
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Bref aperçu de la vie de l’Abbé Jean THÉVENON
 
 
1. Enfance et jeunesse
L’Abbé Jean THÉVENON est né le 27 mars 1925. Aîné d’une famille de quatre enfants, son enfance se passa à SURESNES, près de Paris. Il garda de cette époque le souvenir d’une chrétienté solidement ancrée dans la population, d’une vie paroissiale intense et charitable et d’une banlieue parisienne campagnarde avec ses jardins et ses vergers. Il aimait évoquer cette époque de sa vie. Il parlait de ses promenades avec son père sur les hauteurs de la Seine d’où ce dernier lui faisait découvrir au loin Paris nimbée d’une légère brume bleutée. "Ces collines n’avaient pas beaucoup changées depuis que COROT les avaient peintes (Le chemin de Sèvres). Mon père me disait : ’Dans quelques années, elles seront couvertes de maisons’, il ne se trompait pas" (1). Il faisait revivre les personnages de la "Mère pain d’épice", le gros Deval, paveur de son métier, l’épicier Allais, le docteur Prache, l’abbé Delattre. Il décrira dans ses notes le personnage du R.P. de VILLARS, jésuite et ancien missionnaire qui assurait le catéchisme.
 
2. Rencontre du Père FILLERE
Au terme de ses études dans l’enseignement technique, il entre comme dessinateur d’études au Service de l’Armement à RUEIL MALMAISON en 1945. C’est à la même époque qu’il rencontre le Père FILLERE, qui fut son père spirituel et à l’origine de sa vocation sacerdotale. Il milite alors dans "La Cité des Jeunes", créée par ce dernier. Il s’imprègne et adhère fortement à l’enseignement du père FILLERE en particulier dans les domaines de l’éducation des jeunes et de sa vision radicale de la religion, ni progressiste ni intégriste : "Le Christianisme exclut la concurrence, le Christianisme est totalitaire, Dieu veut tout l’homme !"(2)
 
Il entre en mai 1948 à l’Institut Dom Bosco, École Supérieure des Sciences Sacrées à Maretz dans le Nord. En 1950 il est successivement élève du Séminaire des Vocations Tardives de Paris à Morsang-sur-Orge et du Séminaire d’Issy-les Moulineaux. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1956 en la cathédrale Notre-Dame de Paris.
 
 
3. Le sacerdoce paroissial
En 1956, il est nommé "Praefecti" à l’École Saint-Nicolas à Paris. Son souhait est d’entreprendre des études supérieures de théologie. Son évêque, Monseigneur FELLETIN, prend la chose avec désinvolture et lui préconise des études techniques afin de faire de lui un enseignant dans cette branche plus proche, selon lui, du monde ouvrier. Ce fut pour l’Abbé TÉVENON une cruelle déception qui soulignait, à ses yeux, la désaffection d’une partie de la hiérarchie pour le sacré, l’âme de l’Eglise.
En 1957, il est Vicaire en la paroisse Saint Jean l’Évangéliste de Drancy en banlieue parisienne.
En 1959, il est Vicaire de Sainte Thérèse d’Avila à la Butte-Rouge, commune de Chatenay-Malabry, banlieue sud de Paris.
En 1960, il est Vicaire en la paroisse du Sacré-Cœur de Malakoff, également en banlieue sud, son Curé est l’Abbé JONVELLE. En 1963, il est nommé Chapelain en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (Paris). Il crée alors le groupe "Soleil Levant" rassemblant des laïcs dans le but d’étudier la doctrine sociale de l’Église, la théologie, la liturgie et leur mise en pratique.
En 1966, il reprend la vie paroissiale comme Vicaire de la paroisse Sainte Geneviève de Rosny-sous-Bois en banlieue est. Il continue ses travaux dans le cadre de Soleil Levant et crée un groupe de jeunes, l’"Association Saint Michel" destiné à mettre en pratique un nouveau volet de son enseignement : la pédagogie chrétienne dans la jeunesse. Au sein de sa paroisse, il développe la liturgie"lieu privilégié où Dieu et l’homme se rencontrent" (3),"la principale source de la vie spirituelle"(4) privilégiant le geste, le jeu liturgique et le chant et excluant le bavardage profane stérile à la mode.
 
4. La retraite
Il se heurte à une faction paroissiale progressiste qui ne lui épargnera aucun coup bas y compris des pétitions à l’évêché et des calomnies. Souffrant d’asthme, il supporte de plus en plus mal le climat délétère qui s’instaure et décide de s’isoler quelque temps avec l’accord plus ou moins consentant de l’évêché qui ne lui retira jamais ses subsides, il convient de le souligner. Deux anciennes maisons rurales avaient été acquises par Soleil Levant afin de permettre aux parisiens du groupe de se détendre et de se retrouver. En 1974, le père THÉVENON se retira dans l’une d’elle près du Mans. Ancien bâtiment de ferme, la maison était dépourvue de tout confort, dotée simplement d’un puits et sans électricité. Il l’aménagea avec méthode et dans une sobriété monastique. Son intention était dépourvue pourtant à cette époque de toute recherche d’érémitisme. Ce n’est que, par la suite, surnommé "le curé de la forêt" ou "le père ermite" par les habitants de la région, qu’il en accepta le titre non sans un certain amusement. Perché sur un grenier ouvert à tous vents, sous un toit, entre deux murs et deux parois en toile de tente, sans chauffage ni isolation, il organisa sa chambre. Quelques planches et un sac de couchage furent son lit.
Le père THÉVENON ne parlait qu’exceptionnellement de ses épreuves de santé. Il écrira un jour en réponse à une question précise : "La santé va, bien qu’avec le printemps froid et humide je fasse un peu d’asthme, surtout la nuit. Je suis obligé de me lever et d’aller respirer dehors. Ces difficultés sont la suite logique de tous mes ennuis dans le contexte de l’Église actuelle. Je ne me plains pas. Un confrère ami a fait une dépression nerveuse et a eu du mal à s’en sortir. Un autre que j’allais visiter à l’hôpital (il venait d’avoir son deuxième infarctus) me disait : ’Ils (les progressistes)auront ma peau’. Ils l’ont eue. Etc…" (5). Il souffrait aussi de la jambe et de douleurs dorsales sans doute d’origine arthritique. Aux questions qu’on lui posait, il répondait ordinairement en souriant : "les hommes sont comme les maisons, avec l’âge elles perdent des tuiles et commencent à se fissurer".
 
5. Le message
Deux éléments de réflexion vont alors déterminer la suite de sa vie.
Tout d’abord, le père Thévenon est persuadé que la Chrétienté, expression politique chrétienne, est achevée. "Dans le chaos moderne, ne subsistera plus que ce que le Seigneur a fondé" (6). Fidèle à l’esprit de son père spirituel, il enseigne que, pour un chrétien, seul compte ce qu’il appelle "la Mystique", définie comme "l’amour passionné du Christ et de son Église".
Ensuite, il pense que le monde contemporain, résolument athée, tourné vers une vision de l’homme égocentrique, satisfait de lui et assoiffé de confort, court inéluctablement vers sa fin. Il faut, dit-il, se préparer à survivre dans les conditions précaires qui accompagneront la déconfiture du monde contemporain et s’employer à tout concevoir par amour de Jésus-Christ selon la simplicité du message évangélique.
Il réoriente Soleil levant pour la formation de cadres chrétiens en s’efforçant de vider l’association de tout formalisme au profit de la mystique. Il crée dans cette optique le groupe des "compagnons" de Soleil Levant. Ce sont eux qui, formés doctrinalement, imprégnés de vie religieuse par la pratique liturgique et animés par la "mystique" doivent ensuite créer leurs propres groupes sans organisation centrale ni autre signe d’appartenance que celui d’être chrétiens.
C’est l’époque où il porte une attention particulière au Saint Suaire de Turin et à Saint Benoît Labre. Ses causeries sont alors fortement marquées par ces deux sujets dont il prescrit l’étude à ses amis.
 
Sa porte, toujours ouverte sur les détresses de ce monde, voit passer un nombre toujours grandissant de visiteurs en quête de conseils ou quelquefois poussés par la simple curiosité. Beaucoup resteront des amis fidèles. Il devient le guide spirituel de nombre d’entre eux.
 
6. L’ermite
La vie du Père Thévenon prend alors vraiment une tournure érémitique dans les faits. La vie rude qu’il s’impose devient avec l’âge une épreuve qu’il décide d’accepter. Il confiera un jour à un ami : "j’ai demandé à Dieu le détachement". Lui qui, dans la force de l’âge, vivait dans la précarité et un confort rudimentaire décida dans sa vieillesse et avec une santé en déclin de se détacher totalement de tout bien matériel. Son intérêt ne se porta plus alors que sur Jésus crucifié comme en témoigne son dernier sermon d  des Rameaux 2002. Sa santé se délabra rapidement au point que ses conditions de survie devinrent pathétiques et alarmèrent ses amis. Après une brève hospitalisation, il revint une dernière fois chez lui et quitta ce monde le 10 mai 2002. Il écrivait quelques jours plus tôt : "Pensons à notre dernière heure.
Ce n’est pas la fin de la vie. C’est un changement de vie, l’entrée dans la vraie vie. Remarquons que Jésus ne parle pas du jour où la mort viendra, Mais du jour où il viendra, Lui,
Lui qui est la Vie."
 


(1) Conversation privée, années 80
(2) Père Thévenon 1975
(3) Jean-Paul 2, citation de 1996
(4) Ibid
(5) 1986
(6) Propos, années 1990